De par son histoire, ses formes, son évolution et ses différences d’un pays à l’autre, l’épargne peut prendre différents sens. Nous allons expliquer le sens de ce mot que l’on entend souvent mais dont on ne sait pas toujours à quoi il correspond.

De tout temps et de toutes les époques, l’épargne a existé. De la Grèce Antique jusqu’à nos jours elle est une réalité mais ne s’adresse pas aux mêmes personnes et n’a pas le même but. Très rapidement, l’épargne est associée à la monnaie. Bien que d’autres formes subsistent comme l’épargne d’objet ou de nourriture, c’est avec l’argent que son nom va être affilié.  Néanmoins de par la faible existence de la monétisation en Grèce Antique et plus généralement dans le monde Méditerranéen, l’épargne ne s’adresse dans un premier temps qu’à une faible partie de la population et souvent il s’agit de la plus aisée.

Cette limite de la pratique qu’à une frange réduite de la population continuera jusqu’au Moyen-Âge où elle pourra à un moment être confondue avec la pratique de la thésaurisation (c’est à dire garder son argent pour ne pas l’introduire dans les circuits économiques classiques). L’épargne a alors mauvaise presse puisque l’Église l’assimile, quant à elle, à l’avarice et il faudra plusieurs siècles pour qu’elle retrouve un caractère positif.

Ce n’est qu’à partir du XVe/XVIe siècle que l’épargne retrouve une connotation positive bien que toujours assimilée aux catégories les plus riches de la société. C’est un siècle plus tard, au XVIIe, que l’épargne va s’étendre aux classes modestes, notamment en Italie.

Il faudra attendre 1778 pour que l’épargne arrive pour les catégories les plus modestes en France. C’est donc au siècle des Lumières et l’effervescence politique, culturelle et économique qui entoure cette période de l’histoire que l’épargne va prendre son essor en France et toucher toutes les catégories de la population.
Depuis cette date et jusqu’à nos jours, l’épargne est une partie intégrante de la vie économique des Français.

Mais l’épargne c’est quoi ?

Venant du latin parcimonia qui signifie économe, l’épargne désigne aujourd’hui les économies que nous pouvons faire au cours de notre vie. Que ce soit de manière substantielle (quand nous gardions l’argent d’un anniversaire quand nous étions enfant) ou de manière plus organisée (via notre banque par exemple), nous épargnons toute notre vie.
Il existe plusieurs types d’épargnes que l’on pourrait regrouper en deux grandes catégories : les placements bancaires et les placements financiers.

Concernant les placements bancaires ils sont assez connus, on peut notamment citer le livret jeune réservé aux 12/25 ans. Il y a aussi le compte courant rémunéré, le plan épargne logement aussi connu sous le nom de PEL ou encore le livret A qui est le plan d’épargne préféré des Français puisqu’il en existe près de 60 millions en France. Son taux d’intérêt est actuellement de 0,75%. Ces placements bancaires sont considérés comme des placements à courts termes sans risque.

Quant aux placements financiers, ils se font généralement sur le long terme et impliquent une notion de risque plus importante, ils sont néanmoins plus rémunérateurs. Parmi les placements financiers connus, nous pouvons citer l’assurance vie, les plans épargnes retraite ou encore les comptes titres qui permettent d’investir sur les différents marchés financiers.

Enfin, il ne faut pas oublier que tout bien immobilier peut être considéré comme de l’épargne, car il ne s’agit pas de la consommation finale.  

Tous ces exemples nous montrent les différentes formes que peut prendre l’épargne.

Aujourd’hui, le taux d’épargne moyen d’un ménage français est de 14,6% du revenu brut disponible selon les derniers chiffres de la banque de France datant de février 2017. Ce chiffre fait de la France le deuxième pays le plus économe de l’Union Européenne juste après l’Allemagne, mais devant l’Italie et le Royaume-Uni.

Et en Europe comment ça se passe ?

L’Europe parlons-en ! Les données sont très différentes d’un pays à l’autre tout comme les dynamiques d’épargne de chaque pays. On pourrait les répartir en trois catégories.
Ainsi la France, l’Allemagne et la Suède arrivent à maintenir un taux d’épargne assez haut à plus de 8%. La Suisse, qui n’est pas présente dans le tableau ci-dessus, puisque ne faisant pas partie de l’Union Européenne, est néanmoins le pays le plus économe du vieux continent avec un taux d’épargne qui frôle les 20%.
La deuxième catégorie concerne les pays où les ménages ont un faible taux d’épargne. C’est notamment le cas de l’Italie, du Royaume-Uni, de l’Espagne ou de la Slovaquie où le taux est inférieur à 4% du revenu disponible.
Enfin il y a une dernière catégorie de pays où le taux d’épargne est négatif, cela signifie que les ménages n’arrivent pas à épargner et perdent de l’argent. Cela concerne le Portugal, la Grèce ou encore la Lettonie.

Figure 1 Taux d'épargne des ménages dans l'UE entre 2012 et 2015 en fonction du revenu disponible

En terme de chiffre absolu, cela représente 3 279€ pour un ménage français si l’on se base sur un revenu disponible moyen de 36 843€ soit un peu moins de 48 000€ brut. Concernant les autres pays, la Suisse reste championne avec près de 10 000€ épargné par an devant les 5 752€ des ménages suédois et les 3 827€ des ménages allemands.
En bas du classement, on retrouve logiquement le Portugal et la Grèce où chaque ménage perd respectivement 876€ et 3 896€ chaque année.

Figure 2 : Pays où l'on épargne le plus en pourcentage du revenu disponible

Enfin, si on compare les dynamiques, la tendance est une nouvelle fois bien différente d’un pays à l’autre. Les ménages français et allemands se distinguent en maintenant un taux d’épargne assez haut (plus de 14% du revenu disponible brut). Ils sont sur une orientation assez stable voire en légère hausse sur le dernier trimestre.
Pour ce qui est de l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, la tendance est bien différente.  Si l’Italie a connu une lente diminution de son taux d’épargne depuis plusieurs trimestres, elle a tendance à épargner à nouveau depuis 2013. L’Espagne et le Royaume-Uni ont quant à eux connus une forte montée du taux d’épargne des ménages en 2008-2009, juste après la crise économique avant d’en connaître le contre coup avec une chute brutale. Pour ces deux pays, la tendance est toujours à une diminution du taux d’épargne des ménages.

Figure 3: Fluctuation du taux d'épargne des ménages en pourcentage du revenu disponible brut

Pourquoi une telle disparité sur le vieux continent ?

Quand on regarde les chiffres, ceux-ci peuvent paraître étonnants. Comment est-il possible d’avoir de telle différence entre les pays qui ont un niveau de vie et de développement similaires ?
Le fort taux de la France et de l’Allemagne s’explique de manière culturelle. Depuis la fin de la IIe Guerre Mondiale, les Français et les Allemands épargnent beaucoup. Comme nous l’avons vu précédemment, il existe près de 60 million de livret A en France alors qu’il y a 66 millions d’habitants. Alors certes, 43% de ces livrets A contiennent moins de 150€ ce qui fait relativiser les chiffres mais cela montre bien l’attachement qu’ont les Français à ce livret d’épargne bancaire et ce malgré la baisse des taux d’intérêts.

Pour ce qui est du Royaume-Uni, l’explication est tout autre. C’est lié à l’effondrement du pouvoir d’achat dans les années 90 puis à l’effondrement des placements financiers à la suite des crises de 2007 et 2010 (cette dernière raison explique aussi le faible taux espagnol). Enfin il existe aussi une raison culturelle pour le Royaume-Uni, comme pour les Etats-Unis, l’épargne n’est pas forcément dans les mœurs et l’on privilégiera plus la dépense à l’épargne. Enfin, il ne faut pas oublier la corrélation qu’il existe entre crédit et épargne, pour plus d’information vous pouvez aller voir cet article ou cette étude belge.

Enfin concernant les pays à taux négatif comme la Grèce ou le Portugal, il est la conséquence des crises financières de la fin des années 2000.

Quel avenir pour l’épargne ?

Concernant la France, cela dépendra surtout des taux d’intérêt pratiqués par les banques. Avec une baisse régulière du taux d’intérêt livret A et des autres livrets d’épargnes, mettre « son argent de côté » a de moins en moins d’intérêt. Si ces taux restent aussi bas alors il se peut que le taux d’épargne des ménages en France baisse progressivement.

D’un point de vu européen, tout dépendra que la conjoncture économique d’un point de vu national et continental. Il n’est pas exclu qu’une autre crise économique touche le vieux continent et provoque les mêmes effets qu’en Grèce ou au Portugal.

La tendance qui se dessine est une baisse du taux d’épargne au niveau européen. En cause notamment, la faible rémunération des taux d’intérêts mais aussi la peur de d’investire dans des placements à risque comme la bourse.

Reste à voir si cette tendance se confirmera sur le long terme ou si elle n’est que conjoncturelle.

 

En collaboration avec le comparateur de prêt MONEYBANKER