Les emprunts sont en nette hausse au mois de mars 2017. Un phénomène qui dénote une confiance des Français en l’avenir et pourrait entrainer une croissance de l’économie.

Les Français empruntent de plus en plus : en mars 2017, l’encours des crédits à la consommation a augmenté de 5,6 % sur un an, selon des chiffres de la Banque de France. Parmi les membres de l'Association française des Sociétés Financières (ASF), la production de nouveaux crédits à la consommation a augmenté de 8,1 % au mois de mars.

Synonyme de pouvoir d’achat, la croissance des emprunts est un signe positif pour l’économie française. Elle dénote un phénomène de confiance des agents économiques et dope la consommation. « Le niveau de la demande de crédits à la consommation et de biens durables sont autant déterminés par l’état de l’économie en général que par le sentiment que les ménages ont sur leur avenir. Et celui-ci a maintenant retrouvé le niveau élevé qui était le sien à l’été 2007, avant que n’éclate la crise économique et financière », explique Michel Mouillart, directeur de l’Observatoire des Crédits aux Ménages.

Selon l’Observatoire, 62,5 % des ménages estiment que leur situation financière s’est améliorée ou stabilisée en 2016.  11,9 % des Français estiment que leur situation financière s'est améliorée, un niveau inédit depuis 2008. L’appréciation que les ménages portent sur leur budget s'est elle aussi améliorée. 85 % d’entre eux considèrent que les charges de remboursement de leurs crédits sont très supportables ou supportables en 2016.

Résultat, les français envisagent à nouveau les projets qu’ils avaient mis de côté faute de moyens, et planifient de nouvelles dépenses. « La demande de crédits à la consommation s’est ainsi redressée, le regain se confirmant tout au long de l’année 2016 », observe Michel Mouillart.

Croissance du secteur automobile

Le nouveau gouvernement hérite ainsi d’un environnement plutôt favorable à la croissance. « Sauf dispositions législatives nouvelles, la plus grande appétence des ménages pour les crédits à la consommation va venir soutenir, voire amplifier la bonne tenue de certains secteurs de l’économie, comme la construction automobile ou l’électroménager », assure Michel Mouillart.

La vaste majorité des Français souscrivent à un crédit consommation pour financer la réalisation de projets d’équipements, comme acheter un véhicule ou faire des travaux dans son logement. « En 2016, 22,9 % des ménages détenaient des crédits pour acheter un (des) bien(s) d’équipement de la maison, une automobile, une moto ou payer des travaux d’amélioration du logement », précise M. Mouillart.

L’automobile est ainsi le premier secteur à profiter de cette hausse. Au mois de mars, le financement d'automobiles neuves observe une hausse de 9,4 %, quand celle-ci atteint 11,6 % sur l'ensemble du trimestre. Les financements de biens d’équipement du foyer progressent quant à eux de 5,8 % en mars.

Des taux d’intérêts attractifs

En janvier 2017, le taux de croissance annuel des crédits à la consommation des particuliers atteignait près de 6 %, selon des chiffres de la Banque de France. Une tendance observée depuis le mois de septembre 2016, qui affichait déjà une croissance de près de 4,5 %. Le montant des crédits à la consommation des particuliers atteint ainsi 159,6 milliards d’euros en décembre 2016.

Cette envolée s’explique notamment par des taux d’intérêts particulièrement attractifs. Une politique de taux bas lancée par la Banque Centrale Européenne (BCE) en mars 2016. Mais la conjoncture est d’autant plus favorable en France, où il est de moins en moins cher d’emprunter.

Ainsi, selon la Banque de France, le taux d'intérêt des nouveaux crédits renouvelables était de 5,8 % en décembre dernier, alors qu’il s’élève à plus de 7 % en moyenne dans la zone euro à la même période. Le crédit-renouvelable, dit aussi « crédit-revolving », est une somme mise à disposition d’un particulier pour une période d’un an, renouvelable. Elle permet de réaliser des achats auprès de commerçants, moyennant le versement d'un intérêt.

Le taux d'intérêt des nouveaux crédits amortissables, lui aussi en constante diminution, était de 3,8 % en France en décembre 2016. A titre de comparaison, il était de 5,4 % dans la zone euro. Un crédit amortissable est un crédit dont le capital est amorti dans le temps. Au début de l'emprunt, les intérêts remboursés sont plus importants que le capital. Au fil des années, le montant des intérêts diminue alors que le montant du capital augmente.

Cinq années de crise

Si elle est moins nette, la croissance des crédits à la consommation aux ménages, qui inclut les particuliers mais aussi les entrepreneurs individuels, est également en hausse. La croissance des crédits à la consommation aux ménages était ainsi de 5,0 % en décembre 2016, après 4,5 % en septembre. Une progression supérieure à celle de la zone euro. Cette accélération est notamment portée par les prêts amortissables et les crédits-bails. Les crédits renouvelables sont quant à eux en légère baisse.

L’économiste Michel Mouillart rappelle cependant que ce regain général fait suite a une sévère crise : « entre 2008 et 2013, la production de crédits à la consommation a lourdement chuté. Durant ces années, les crises qui se sont succédé (le contrecoup de la crise américaine des subprimes, puis la crise européenne des dettes souveraines) ont nourri un climat peu propice au recours au crédit ».

En effet, lorsque « les ménages sont inquiets sur leur avenir et que leur contrainte budgétaire devient plus prégnante, ils diffèrent leurs projets de consommation durable, comme l’achat d’une automobile, mais aussi le remplacement de l’électroménager ou l’acquisition d’un équipement de loisir ». Avec pour conséquence directe une baisse des emprunts. Ainsi, de 2007 à 2013, le nombre de nouveaux crédits à la consommation a baissé de 21,8 % et celui du nombre de ménages ayant recours à ces crédits, de 18,2 %.

Une année 2017 prometteuse

C’est à l’automne 2014 que la demande de crédits à la consommation commence à se ressaisir, retrace Michel Mouillart. « Cette tendance, qui s’est confirmée en 2015, s’est progressivement transformée en reprise. Le redressement du moral des ménages mesuré chaque mois par l’INSEE ne s’est pas démenti et les ménages ont accru leur recours aux crédits à la consommation. C’est ce rebond des crédits à la consommation qui produit maintenant ses effets ».

En 2016, près d’un ménage sur deux a ainsi recours au crédit. Pour l’année 2017, l’Observatoire des Crédits aux Ménages note une hausse des intentions de souscrire à un crédit. « Le chômage qui commence à baisser et l’amélioration sensible du moral des ménages vont largement contribuer au raffermissement de la demande de crédits à la consommation », assure le directeur de l’Observatoire.

Croissance inédite des crédits à l’habitat

Autre nouveauté depuis le mois de mars : les encours de crédits à l'habitat aux particuliers retrouvent un taux de croissance inédit depuis cinq ans. L’augmentation est en effet de 5,4 %, après 5,1 % en février. La production de crédits à l’habitat a ainsi augmenté de 58,9 % au premier trimestre 2017. « Une demande d’une rare intensité », souligne Michel Mouillart, qui fait suite à « un début d’année 2016 médiocre ».

Le taux d’intérêt des crédits à l'habitat est en moyenne de 1,54 %. Les taux sont revenus à leur niveau de juillet 2016, période aux « conditions de crédit exceptionnelles ». Et ces taux s’inscrivent maintenant dans un environnement économique dominé par le retour de l’inflation, explique Michel Mouillart : « avec une hausse des prix à la consommation actuellement de 1,2 % d’après l’INSEE, contre 0,2 % en juillet 2016, les taux d’intérêt réels sur les crédits immobiliers ne sont jamais descendus aussi bas depuis la fin des années 50 ».

Ainsi, selon l’économiste, l’année 2017 s’annonce « excellente, tant du point de vue de la production de crédits immobiliers accordés que du nombre des logements neufs et anciens achetés par les ménages ». Un optimisme à nuancer sur le long terme, cependant, avec une année 2017 qui « finira très probablement moins bien qu’elle n’avait commencé ».

Enfin, pour l’année 2018, les projections reposent sur le nouveau gouvernement: tout dépendra de la prochaine politique du logement.